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Carte blanche du Collectif des AMO bruxelloises

Publié le mercredi 23 juillet 2014

Un article publié dans Le Soir du mercredi 27 mai 2015 portant le titre Détecteurs de candidats au Djihad  nous amène, en tant que responsables de services d’Aide en Milieu Ouvert (AMO) (1) bruxellois, à réagir.

S’il est tout à fait vrai qu’un certain nombre de nos travailleurs ont participé (et participent toujours) avec intérêt à un cycle de formation ayant pour objet les phénomènes de radicalisation organisé à l’initiative du Ministre de l’aide à la jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles Monsieur Rachid Madrane, nous récusons formellement la fonction qui nous est attribuée dans l’article, à savoir celle de « détecteurs de candidats au Djihad », du moins dans la mesure où amalgame est fait dans le texte entre des services qui ont tant des fonctions que des cadres de travail différents (SAJ,SPJ,AMO, IPPJ,…). Non pas pour des raisons idéologiques, mais tout simplement parce qu’une telle synergie s’avérerait incompatible avec nos missions, rendrait notre travail impossible et donc pour le moins improductif.

Les services d’Aide en Milieu Ouvert sont des services de prévention non mandatés. C’est-à-dire qu’ils sont sollicités directement par les jeunes mineurs ou leurs familles, et ce sans aucune contrainte ni obligation. Il est donc fondamental pour nous de créer avec les demandeurs une relation de confiance. Nous sommes aidés en cela par un code de déontologie qui nous impose, sauf circonstances exceptionnelles, de garantir la confidentialité des entretiens. Nous sommes donc, vis-à-vis de notre public, les « détenteurs du secret » dont ils sont les « maîtres ». Ce n’est qu’à cette seule condition qu’un travail est possible. Ce mode de fonctionnement est entièrement transparent dès la première rencontre menée avec les demandeurs.

On imagine difficilement un adolescent (ou ses parents) livrer ses opinions, ses doutes, ses projets, ses questionnements, ses espoirs, ses révoltes, ses difficultés, ses convictions, décrire son mal-être, parler librement d’actes commis parfois répréhensibles, … s’il sait que ses dires pourraient être répétés et lui causer quelques soucis.

Le sens même de notre travail, est donc d’écouter, d’accompagner, de susciter des réflexions, de rendre abordables les alternatives, de confronter les paroles à la réalité, de mettre en évidence les paradoxes, de favoriser la prise de recul, de poser des jalons, de trier et décoder les informations nécessaires à la réalisation d’un projet, d’encadrer les choix, bref de tenter, avec le jeune comme partenaire, de mettre en place les balises qui l’aideront à se construire.

Notre code de déontologie (2) spécifie en son article douze (extraits) : « Les intervenants sont tenus de respecter le secret professionnel. Ce respect doit être compris comme étant une obligation contractée à l'égard du bénéficiaire de l'aide garantissant la confiance que ce dernier doit pouvoir trouver auprès des intervenants et des services. (…) Dans l'impossibilité d'agir personnellement pour défendre les intérêts ou la sécurité du bénéficiaire de l'aide, de sa famille ou de tiers gravement menacés, l'intervenant peut invoquer l'état de nécessité pour transmettre aux autorités compétentes les informations nécessaires. »

Mais qu’est-ce que « l’état de nécessité » ? Il s’agit d’un principe général de droit. Chaque situation s’appréciant au cas par cas, il n’existe ni liste ni critères objectifs permettant d’estimer la pertinence éventuelle de l’invocation de cet « état » dans une situation donnée hors la conviction intime de l’intervenant, ce qui rend son champ d’application relativement flou.

Trois conditions cependant sont requises pour l’invoquer : la présence d’un mal grave, certain et imminent doit être attestée ; la violation de la loi (en l’occurrence celle réglementant le respect du secret professionnel) doit se justifier par la préservation d’un intérêt plus impérieux pour le demandeur (principe de subsidiarité); et enfin une valeur au moins aussi importante que les valeurs que le secret professionnel a pour fonction de garantir est menacée (principe de proportionnalité).

L’action quotidienne des AMO est donc menée avec rigueur et constance dans le respect strict de ce cadre légal, et il revient à nos équipes d’analyser le cas échéant les éventuelles situations individuelles potentiellement problématiques qu’elles seraient amenées à rencontrer en toute conscience, et en faisant abstraction des tendances sécuritaires  (et radicales !) qui se font jour çà et là dans notre société.

Il est dès lors fondamental pour nous d’éviter toute confusion dans l’esprit des citoyens entre prévention et répression, deux axes sans doute essentiels, quelques fois complémentaires, mais qui doivent impérativement et nécessairement demeurer distincts.

De manière plus générale encore, plutôt que de s’interroger sur les actions à mettre en œuvre pour « détecter » les « aspirants au radicalisme », il nous semblerait plus utile de questionner les raisons sociétales qui rendent ces dérives extrêmes si séduisantes aux yeux de certains … puis d’agir en conséquence afin de réduire une fracture sociale et culturelle qui ne cesse de s’agrandir.

Ce qui rendrait sans aucun doute le travail de prévention que nous menons infiniment plus aisé.

 

Au nom du Collectif des AMO bruxelloises,

Marc De Koker

Directeur AMO Rythme

 

Le Collectif des AMO bruxelloises regroupe vingt et un services, soit l’ensemble des AMO présentes sur le territoire bruxellois additionné d’Abaka, autre service non mandaté.

http://amobxl.be/ 

 

(1)http://www.aidealajeunesse.cfwb.be/index.php?id=328

(2)http://www.deontologie.cfwb.be/index.php?id=833